De la roulotte à la poussette
« Les topologies littéraires » de Xavier Marchand
La Cité-Maison de théâtre a proposé à l’auteur-metteur en scène Xavier Marchand qui développe depuis plusieurs années « Les topologies littéraires de Marseille » allant à la rencontre des différentes communautés de la ville : arménienne, vietnamienne, arabe et comorienne, d'aller cette fois vers le peuple rom, sa culture écrite et orale.
Un premier geste a été présenté à l'occasion de la première édition de la Biennale des Ecritures du Réel en mars 2012. Le travail va se poursuivre pour une création en 2014.
« Quand on m’a demandé de travailler sur les Roms, je ne m’attendais pas à me trouver devant un tel champ polémique, historique, linguistique, anthropologique et politique.
Ma méconnaissance au sujet des tsiganes était à peu près celle de la plupart des gens, hormis quelques images d’Epinal véhiculées par la littérature (les figures de bohémiennes et de romanichels), par la musique (Carmen toujours au hit-parade des opéras, le flamenco et Django Reinhardt), ou l’image de la gitane, dans les volutes de fumée de notre fameux paquet de tabac brun.
Au cours des siècles, les sociétés qu’ont côtoyées les tsiganes, nomades ou sédentaires, ont cherché à s’en débarrasser par ghettoïsation, expulsion, déportation et extermination.
Certains d’entre eux, les roms, européens arrivant d’Europe de l’Est, sont aujourd’hui présents dans notre espace public; on les voit dans les centre ville, où ceux qui ne travaillent pas (ils n’y ont pas droit) exercent les activités de récupérateurs dans nos poubelles ou de mendiants. On estime la population Roms de Marseille à moins de 2000 personnes, vivant dans des conditions déplorables et dérangeantes. La stigmatisation est aisée, la médiatisation réelle, et les méthodes employées pour les «déloger» rappellent des heures sombres. Marseille pourrait revendiquer cette année le titre de capitale européenne de l’expulsion des Roms; et la France est condamnée par le Conseil de l’Europe pour ces pratiques.
Face à ces images négatives, et ces situations dont la réalité est peu reluisante et problématique, qu’est-ce qu’on découvre, dans les livres et à les rencontrer ?
Les tsiganes n’écrivent pas ou peu; leur mode de transmission est essentiellement oral. Les premières productions littéraires datent, à quelques exceptions près, des années 50 : récits autobiographiques, poésie, formes romanesques. Ces premiers écrits n’ont d’ailleurs pas été toujours bien accueillis au sein des communautés.
Cette littérature est apatride; les auteurs écrivant dans la langue du pays où ils vivent. Les écrits en romani, langue complexe aux 72 dialectes, sont rares. Alors comment définir une littérature tsigane ?
La tradition reste très forte et soude les communautés, les croyances perdurent; il semble que certains groupes soient imperméables à une certaine forme de modernité.
On ne peut pas faire de généralités sur le mode comportemental des groupes tsiganes, et pourtant quelque chose, une culture, une façon de vivre et de penser, fait qu’ils sont tsiganes, se reconnaissent entre eux et revendiquent cette identité.
Nous, on fait danser les hérissons nous dit Guitza quand je lui dis que j’aimerais goûter la chair du petit animal qu’ affectionnent tant les roms.
Nous en en parle pas quand il s'agît des rituels liés à la mort chez les manouches.
Qu’est-ce qui fascine tant dans ce peuple, dans ces manières d’être, dans son rapport à l’existence, pour que des chercheurs, ethnologues, sociologues, linguistes y consacrent de larges études ?
Bien des questions sont posées et débattues et, pour moi, celles-ci : comment engager un geste artistique avec des membres d’une communauté si éloignée de nos considérations ? en quoi cela peut-il faire évoluer la situation des roms à Marseille, et la vision qu’on a d’eux ? J’ai proposé à Raymond Boni (guitariste), Patrick Williams (ethnologue), Guitza (trompettiste) et Myriam Sokoloff (comédienne) de m’accompagner dans ce projet. »
Xavier Marchand
Conception Xavier Marchand avec Raymond Boni (guitariste), Patrick Williams (ethnologue), Guitza (trompettiste) et Myriam Sokoloff (comédienne) • Coproduction La Cité-Maison de Théâtre, Compagnie Lanicolacheur • soutien Région PACA.
CALENDRIER
| Dates |
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Lieu |
| 25 mars 2012 |
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Les Bancs Publics, Marseille Biennale des ecritures du Réel #1
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| 14 juillet 2012 |
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Antenne régionale de Vaucluse à Avignon Festival d'Avignon
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