
Lespri Kò est une pièce chorégraphique pour une danseuse. En nous appuyant sur nos origines créoles, nous voulons parler de cet «invisible» qui influe sur nos actes ; notre culture, notre éducation, notre histoire familiale, notre apparence physique etc… Nous voulons dire le cheminement souvent laborieux pour apprivoiser cet « invisible » et être en paix avec ce que nous sommes. Pour aborder ce champ intime, nous avons décidé de créer un personnage fictif. La danseuse, Patricia GUANNEL lui prête son énergie, sa grâce et une part de son expérience.
Tout au long de cette pièce, nous essayons de jouer sur la distance avec le spectateur. Des situations intimes l’invitent à se rapprocher de la danseuse tandis que d’autres lui permettent de reprendre de la distance et le laissent libre de ses pensées. La danseuse ira par la suite croiser le regard du spectateur, provoquer le face à face pour obtenir une mise en jeu du regard du spectateur.
Dans son processus de création, la Cie Le Rêve de la Soie a pris pour habitude d’avoir plusieurs rendez-vous avec son public au travers de répétitions publiques et de présentations d’étapes de travail. Ces échanges permettent à l’interprète de construire son travail en situation de représentation, de vérifier des partis pris de mise en scène et donne à notre public la possibilité d’appréhender la démarche de création de la compagnie.
Chorégraphie : Patrick SERVIUS
Regard extérieur : Louisa AMOUCHE
Danseuse : Patricia GUANNEL
Lumières : Bertrand BLAYO
Costumes et Décors : Cie le Rêve de la Soie
Musique : Rostropovitch/Chostakovitch, Joby Bernabé, David Walters, Lockwood-Casadesus, Soft.
Durée : 40 mns
D’après l’expression proverbiale créole, Lespri Kò ki met Kò ; « L’esprit du corps est maître du corps ». Dire que « l’esprit du corps est maître du corps », loin d’induire à une quelconque suprématie de la raison, souligne au contraire à quel point nous sommes gouvernés par l’invisible, par l’envers, à quel point nous sommes doublés. Monchoachi « Des Corps & des Voix »
À genou près du sol
Je salue mes anciens
Et mon corps fatigué
se doit de faire le lien
Insoumise et tiraillée
Passagère endolorie
Je m’arc-boute et bondis
Je, somme de toutes mes vies.
Je suis l’ivrogne et le temps
Passagère fictive
Animée de bon sens
Je suis la folle et la pluie
Une fille silencieuse, femelle délurée
Un corps qui n’a pas d’âge
Peu conscience de sa férocité
Je me tourne et ravive
Les acres primitives
J’attends que s’envenime
ma diversité
Mon ventre est ce brasier, mes pieds sont solidaires
Au grand écart maritime
S’ajoute ma voix désaccordée
Vénéneuse, pernicieuse
Énergique et sanguine
Flamboyante et tragique
En toute simplicité
Je remets ma chair en jeu
Je descends calme et sereine
J’ai posé les armes à terre
Embrassé ma pugnacité
Dévoilé mille existences
Enterré leurs veines souillées
Je me risque à m’affronter
Laisser voir et regarder faire
Je, somme de toutes mes chairs,
Je, figure inachevée.
Marie Salemi