
LE BLOG DE LA CRÉATION EN COURS
Je reviens de La Villette et comme je n'ai pas osé prendre le micro, je vous envoie ce petit mail...
Le spectacle et le débat m'ont beaucoup émue. Je souhaite vraiment remercier les jeunes pour ce don d'eux-mêmes qu'ils nous ont fait.. Je les trouve tellement courageux. J'ai dû mal à retranscrire mon émotion à travers un ordinateur, mais j'espère qu'ils vont lire mon mail pour qu'ils sachent à quel point c'est généreux de leur part de se livrer comme ça. Je n'aurais jamais osé le faire.
Mais surtout, je veux (vous tous) vous remercier pour ce spectacle si intime. Il a fait résonner en moi beaucoup plus que je n'aurais pu l'imaginer. Et mon adolescence (pas si lointaine, je n'ai que 27 ans) m'est revenue en pleine gueule! Et effectivement, elle n'est pas finie mais fait belle et bien partie de moi.
Bravo et encore merci à vous tous. Et particulièrement aux jeunes car j'ai vraiment l'impression bizarre qu'ils m'ont fait un cadeau en s'ouvrant de cette manière. Bonne continuation. Aude
Une rue, un lieu, une équipe, un spectacle, une rencontre… par hasard !
À force de passer régulièrement devant cette Maison de Théâtre, il fallait bien qu’un jour je m’y arrête.
Accueil chaleureux, sourires radieux, portes ouvertes sur la scénographie encore inachevée du spectacle en création Nous ne nous étions jamais rencontrés. Intuition : bonne maison…
Projet intrigant, qui fait sens, création ambitieuse, j’irai voir ce spectacle, mais surtout, j’y amènerai aussi mes élèves de Première STI du lycée ZEP où je viens d’être muté, depuis septembre.
J’ai rencontré deux fois ce spectacle.
La première fois, ce fût lors de la 3ème représentation, le samedi soir. Découverte. Scénographie attirante, blanche, tout en lignes de fuites. Je reste. Premières impressions positives : des comédiens encore fragiles, un début déroutant, des pointillés se dessinent sur les décors. Le texte prend vie, prend corps, prend des corps, ceux du public, ceux des comédiens qui s’affirment au fur et à mesure que les voix, porte-voix de ces ados, nous livrent les points d’interrogation de leurs vies. Une alchimie ados-comédiens-ados sur ce cheminement vers l’inconnu, vers soi, vers l’autre. Altérité affirmée, effacée, l’autre apparaît, existe, devient unique, uni à soi. Des paroles portées, des mouvements chorégraphiés, une mise en scène digeste, discrète, efficace.
La deuxième fois fût lors d’une séance scolaire, la veille de la dernière. Mes élèves sont là. D’autres aussi. Salle bruyante, agitée. Appréhension. Comédiens en danger. Début du spectacle tout en énergie. Mes yeux se posent sur chacun de mes élèves. Tous sont déjà dedans, ils sont tout de suite rentrés dans le spectacle, ça leur parle, c’est vécu, c’est vivant. Je peux m’y plonger aussi. Les comédiens sont bons, très bons. Le spectacle a été quelque peu modifié, la vidéo est plus présente, les émotions sont fortes, vraies, le tout a pris de l’ampleur. Finesse, subtilité, nuances. Harmonie du jeu, osmose des Je, ce Nous a décidément pris forme. Cette rencontre a lieu, réellement, entre les ados et les comédiens qui les jouent, entre les comédiens et le public… d’ados, en grande partie.
Le théâtre est là, dans cette salle, dans cette pièce. Cette rencontre est belle. Nous nous rencontrerons à nouveau.
Au Théâtre de la Cité à Marseille, avec mes collègues de la Commission Internationale du Théâtre Francophone, j'ai vu un spectacle fort intéressant : Nous ne nous étions jamais rencontrés... Cinq comédiens entrent dans la peau de cinq jeunes issus de milieux très différents. Sur base d'interviews et de rencontres, le spectacle soulève - de manière vivante et fort agréable - de nombreux problèmes de société. Il donne une image à la fois touchante et sans concession du passé, du présent et de ce que sera sans doute l'avenir de ces jeunes. A voir, revoir, inviter, programmer.
Extrait du blog d'Emile Lansman
Cinq jeunes : Daouda, Marion, Nicolas, Chloé, Mehdi et Belinda.
Cinq comédiens s'emparent des paroles et des corps de ces jeunes : Hugues Fesneau, Karine Fourcy, Patrick Servius, Henry Valencia, Josette Lanlois.
C'est fait avec pudeur et finesse, avec gravité aussi. C'est bien fait. Le défaut pour l'instant c'est l'empilement de textes pendant 1h45. Or, ces textes ont une tranquille beauté, mais on ne sent pas encore la colonne vertébrale.
On va me rétorquer que c'est parce que j'ai décroché par moments, mais j'ai décroché parce que ce fil rouge qui devrait me tenir en haleine n'est pas encore bien apparent.
Pour l'instant, cela fait "oratorio", c'est une sorte de musique des mots un peu lancinante. On a des jeunes à l'aube de leur vie qui vont essayer de la construire.
Le metteur en scène Michel André ne se fait pas trop de soucis, car ce qui le passionne, c'est la riche aventure que constitue ce lien qu'il entretient depuis deux ans avec ces jeunes.
Puisque c'est une esquisse, et que je suis le plus mauvais spectateur qui existe, je peux exprimer où se trouve mon insatisfaction.
a) Les personnages sont dans un espace abstrait, un no man's land, tout réalisme semble banni. C'est un style, certes mais dont l'austérité peut finir par ennuyer.
b) On aimerait savoir pourquoi ces personnages décident de faire leurs confidences au public, ou pourquoi ces gens de théâtre font leurs investigations.
c) Et puis j'aurais besoin après avoir écouté ces jeunes d'une espèce de point de vue général. ça dit quoi que je ne sache déjà ?
Le public discute longtemps sur le trottoir, c'est un petit week-end de rencontres sur le thème des écritures du réel. Il y aussi un film de Florence LLoret sur EuroMéditerranée, une esquisse de Laurence Février, des lectures de P.Laupin, plein de discussions puisque Roméas, le rédacteur en chef de Cassandre est un invité officiel.
Il y a Daouda, le slameur, il est venu trois fois se regarder. Il a 17 ans, il écrit des slams, il n'est pas peu fier de ce qui lui arrive.
Evidemment, Michel André n'est pas le seul à pratiquer ce théâtre issu de la parole des gens. Certains réécrivent les entretiens à leur manière comme Minyana, ou Joël Pommerat.
D'autres développent les gestuelles et tricotent les entretiens comme la Jacquerie, qui a fait quasiment 6 spectacles basés sur la parole des habitants.
Dominique Ferré est allé retrouver les ouvrières de Lip, et Charles Piaget. Fornier réinterprétait avec brio Piaget. Des dizaines de compagnies ont joué les entretiens de la "Misère du Monde " de Bourdieu.
Lajara ou la compagnie "Gravitation" font carrément jouer les gens eux mêmes,
Le théâtre s'était tellement éloigné de la réalité quotidienne, que ce retour à la case départ et naturelle du théâtre est passé comme innovation.
Le problème, c'est que certaines compagnies ont fait de ce style de théâtre un fond de commerce, un procédé : "je collecte les paroles et rejoue les habitants de votre ville" est-il écrit dans les dossiers de promotion.
Bon j'y connais rien en théâtre, mais si c'est ça "l'écriture du réel", vive elle!!
à toi, à Florence, aux comédiens pour ces esquisses. Il y a là un travail impressionnant de justesse ; une présence des comédiens remarquable ; un travail sur le corps, les gestes, les regards, le mouvement ; une mise en jeu de l'image, du double, du "cadre" de vie. C'est un travail d'une richesse et d'une densité qui me touchent. Certaines séquences sont certes fragiles, moins fluides, peut-être maladroites (vers la fin), mais c'est le propre de tout carnet de croquis. Vivement la suite.