
« Il y a différents théâtres. Là c’est un théâtre qui est ouvert aux gens, mais dans la télé c’est pas le même théâtre. Là c’est un théâtre où le peuple il peut faire du théâtre, dans la télé c’est différent, c’est plutôt des comiques. Ce qui les intéresse c’est plus l’argent que les gens qu’il y a dehors. » |
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Troisième année d’existence de La Cité, Maison de théâtre à Marseille.
Un endroit précieux pour nous et pour vous aussi, nous l’espérons.
Un endroit où, pas à pas, d’être à être, s’invente une communauté qui s’agrandit peu à peu et se tient sur la scène, chacun et collectivement, forts de nos différences, avec ce désir de chercher sa poésie propre, avec ce besoin vital qu’il y a en chacun de nous de comprendre, de penser, de créer.
Alors oui, malgré les difficultés, le peu de place, de visibilité accordée encore à ce travail de longue haleine, de fond, en terrain sensible, non médiatique, nous poursuivons notre route et nous nous disons que c’est bien ces gens qui viennent à La Cité et qui n’ont jamais mis les pieds dans une salle de théâtre ; que c’est juste de ne pas proposer seulement de voir du théâtre, mais d’en faire, de participer à une aventure artistique, un échange ; et qu’accueillir aussi tout au long de l’année des artistes, d’autres compagnies, qui peuvent répéter, présenter des étapes de travail, permet de la rencontre et du partage.
Garder ce cap, permettre à des équipes artistiques de chercher, d’expérimenter, et ouvrir le théâtre aux autres, non-acteurs, amateurs, non-professionnels, comme on les appelle, à tous ceux qui sont autour de nous. Etre dans les écoles, les cités, les quartiers, les centres sociaux, aller là où le théâtre ne va pas ou si peu. Ces enseignants qui nous rejoignent à La Cité pour bâtir un projet commun, c’est une chance. Ne pas oublier les chercheurs, philosophes, sociologues, qui nous aident à faire avancer nos pensées, nos réflexions, nos idées. Poursuivre la rencontre et leur dire que c’est essentiel qu’ils se mettent à écrire pour le théâtre, un théâtre qui parle à tous, ou tout au moins qui soit compréhensible par tous. Ne pas rester dans son coin, aller voir dehors et convaincre de venir dedans. Travailler avec les jeunes, être curieux de ce qu’ils pensent, de ce qu’ils vivent, interroger leurs attentes, les faire entrer, non pas dans un théâtre subi ou même proposé, mais réinventé ensemble, un théâtre d’aujourd’hui, de maintenant, investi par eux. Et les anciens, les vieux, les personnes âgés, si seuls souvent, comment faire quelque chose avec eux ? Qu’ont-ils à nous dire ? Qu’est ce qui les révolte ? Qu’est ce qui les aide à vivre ? En mémoire, la trace d’une parole rapportée de l’un d’entre eux : « Le théâtre, c’est utile à la vie.»
Nous vivons de plus en plus isolés les uns des autres, alors que nous avons un formidable besoin d’être ensemble. Le théâtre est un possible espace commun, exigeant, et plein de promesses. Faisons sur la scène de la place au vivant, à ce qui vit, irréductible, fragile. Le temps de la célébration de la ruine, du chaos, comme le suggère Denis Guénoun, est bien fini.
Michel André, Florence Lloret.